AMOR EM RUÍNAS
Installation et Performance / Art Action Lieu Berlin (Allemagne)
Thématique : Esthétique du désastre et ruine de l'intime
2023 –
Culterim Galerie
L’installation et la performance « AMOUR EN RUINES », nées d'une résidence artistique à la Culterim Residence à Berlin, explorent l’effondrement de l'intimité à travers la matérialité de la ruine. Le projet investit l’espace domestique comme un sanctuaire de la passion qui, lors de la rupture, se transforme en un théâtre de décomposition. En utilisant une maison marquée par le temps et le feu, l’œuvre établit une analogie entre les murs fissurés et la peau, entre l'architecture qui cède et le corps qui s'effondre. Les objets du quotidien — couverts, porcelaines et théières — perdent leur fonction utilitaire pour devenir des reliques, des fragments tangibles d’un attachement disparu qui résonnent désormais dans le silence de la matière.
La recherche s’articule autour de la notion de « lassitude des choses », où le vide entre les murs et entre les corps devient palpable, transformant la maison en un espace hanté non par des spectres, mais par des souvenirs fragmentés. Dans cette traversée, la douleur est traitée comme une esthétique du désastre : une expérience diffuse et étirée où le temps ne s’arrête pas, mais se déforme. La performance culmine dans une action viscérale où l’artiste met en scène une tentative frustrée de rite domestique sur des éclats de porcelaine. Entre la destruction des pièces encore entières et l’acte féroce de dévorer, les gestes oscillent entre violence et érotisme, composant une réflexion profonde sur le désir, l'absence et les promesses non tenues qui habitent les ruines de la chair.
Je soupçonne que l’amour contient une exubérance excessive de la vie, où, autour de la
table, d’innombrables histoires s’entrelacent, imaginent des avenirs et érotisent les rencontres. Ce
sont les dîners de promesses, les cafés de l’après-midi chargés de secrets, les matins où le café
soutient les espoirs. Autour de la table, des alliances se consacrent : demandes en mariage, unions,
pactes d’engagement. Couverts, assiettes, porcelaines, témoins silencieux de ces célébrations qui
transforment la routine en un autel pour l’amour. Les pièces de la maison, ces sanctuaires de
l’intimité, conservent les détails de la passion, les tempêtes de l’abandon amoureux, les petits
gestes qui soutiennent les grands abîmes entre les corps.
Mais que se passe-t-il quand tout s’effondre ? Quand l’amour s’écroule ? Quand survient la
chute, l’effondrement, le collapse ? Quand nous nous sentons ni vivants ni morts, ou les deux à la
fois ? Quand tout se brise ?
Ce qui reste de cet élan vers l’autre, c’est la ruine.
Les couverts, les théières, les tasses et les assiettes survivent comme des fragments d’un
temps qui n’est plus ; ils sont devenus des reliques d’une esthétique de l’amour perdu. Ce sont des
souvenirs, des fragments tangibles d’un attachement qui, en disparaissant, laisse derrière lui non
seulement un vide, mais aussi un écho qui résonne dans la matière des choses, dans le silence des
objets qui autrefois partageaient l’intimité des corps et l’éloquence des gestes. Le mal s’infiltre dans
les recoins des murs, là où l’amour tente encore de s’accrocher, et ce mal n’a ni odeur, ni couleur,
rien pour le trahir ; il arrive comme le vent, invisible, mais qui fait trembler les fenêtres. Dans le
silence des briques qui se fissurent, dans le cri muet des fenêtres qui ne se ferment plus, dans les
meubles qui cèdent sous un poids que personne ne porte, mais que tous ressentent, une lassitude
des choses, comme si elles-mêmes savaient qu’il ne valait plus la peine de rester debout.